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    Discours de Mgr Pizzaballa à l’occasion de son entrée solennelle au Patriarcat (...)

Discours de Mgr Pizzaballa à l’occasion de son entrée solennelle au Patriarcat latin le 21 septembre 2016

le P. Pierbattista Pizzaballa, anciennement Custode de Terre Sainte pendant douze ans a été nommé par le pape François Administrateur Apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem le vendredi 24 juin 2016 jusqu’à la nomination d’un nouveau Patriarche.


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  • 22 septembre 2016
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Chers frères et sœurs,

Je vous remercie d’être venus ici de différentes régions de Terre Sainte.

Je voudrais saluer en particulier :

Le Cardinal O’Brien,

Les Chefs des Eglises catholiques,

Les Chefs des Eglises chrétiennes,

Les Consuls généraux, la Délégation Palestinienne,

Les prêtres, les religieux,

Les séminaires de Beit Jala et de la Domus,

Le Chœur du Magnificat,

Tous les prêtres et toutes les paroisses,

Et vous chers amis,

Je vous ai déjà partagé à plusieurs reprises ma surprise et ma gratitude quant à ce qui m’est arrivé au sein de l’Eglise de Jérusalem, par la décision du Saint-Père.

« Sufficit tibi gratia mea » (2 Co 12, 9). C’est à la lumière de ce passage biblique que j’ai choisi de vivre ce nouveau service qui m’a été confié. Tout est grâce, a dit un célèbre écrivain. La grâce c’est avant tout la prise de conscience quotidienne de ma faiblesse et de mes limites, et c’est une véritable porte ouverte par laquelle peut alors passer la miséricorde de Dieu.

Ainsi malgré mes faiblesses, je suis stupéfait de voir comment le Seigneur passe aussi à travers moi, me traverse, pour réaliser son œuvre.

J’ai commencé ce service qui m’a été confié le jour où l’Eglise commémorait la naissance de Jean le Baptiste, et c’est inspiré par sa figure que j’ai pensé au début de mon ministère comme un « Préparer la voie… Ouvrir les chemins, les parvis, les libérer de tout ce qui nous empêche de Le rencontrer et de rencontrer l’autre ». Et j’ai ajouté : « Je voudrais que rejaillisse de Jérusalem … pour nous et pour toute l’Eglise, la possibilité de se rencontrer et de s’accueillir les uns les autres, en construisant des routes et des ponts et non des murs ».

Je ne peux que réitérer à nouveau cette volonté. Accueillir, écouter, discerner et, ensemble, montrer le chemin de l’Eglise pour les années à venir.

Je sais que ce ne sera pas facile. Je ne suis pas naïf. Après la joie de la transfiguration, il y a la descente de la montagne, dans la vie ordinaire et quotidienne, avec son lot de joies certes, mais aussi ses problèmes, ses souffrances et ses divisions. Et à Jérusalem, et plus généralement en Terre Sainte, les divisions ne manquent pas. Elles sont dures et blessantes dans notre vie quotidienne. Nous ne cessons de les déplorer : dans la vie politique et sociale, avec un conflit politique qui porte atteinte à la vie de tous, en offensant la dignité, en manquant au respect des droits fondamentaux des personnes ; nous les voyons aussi dans les relations inter-religieuses, entre nos Eglises mais aussi souvent au sein de nos Eglises respectives. Le diable, qui est l’origine des divisions, semble avoir élu domicile à Jérusalem.

Eh bien, c’est justement dans ce contexte si difficile qui ne nous permet pas de nous faire d’illusions, que nous sommes appelés à être Eglise, c’est-à-dire à être un témoignage d’unité. C’est ici, dans ce contexte déchiré et divisé, que la première annonce à faire est celle de l’unité, laquelle commence avec nous, chez nous.

Dans ce contexte, je remercie le Patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, pour sa participation, à travers un délégué, à ma consécration épiscopale, et je lui assure de mon désir de continuer par la suite à travailler pour la fraternité et l’harmonie mutuelle. Et de fait, nous ne pouvons pas nous permettre de donner des leçons de dialogue au monde entier, si entre nous ne règnent que divisions et méfiance !

Jérusalem nous rappelle Pâques. Au Saint-Sépulcre, c’est toujours Pâques. Pâques signifie passage : passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de la méfiance à l’égard des disciples d’Emmaüs, à l’élan des apôtres à la Pentecôte. Nous devons et nous voulons devenir des experts de cette vie qui vient de la croix, qui ne se résigne pas à la mort, mais qui l’emporte sur la mort par l’amour.

Je désire ainsi rendre ce service en tant qu’évêque à la lumière de Pâques. Face aux nombreux signes de la mort en nous et autour de nous, je voudrais accompagner notre Eglise dans la relecture de sa propre histoire, comme le fit Jésus avec les disciples d’Emmaüs, afin de découvrir cette Présence qui ne nous a jamais abandonné et qui est la source de la vie éternelle. Et nous demander si nous y croyons vraiment. Si nous croyons vraiment que le Christ est source de force et de vie.

Et de fait ce ne sont pas nos stratégies humaines, souvent essoufflées, qui pourront sauver l’Église et ses institutions. Notre grandeur ne se mesure pas au nombre de projets que nous pourrons mener à bien, ni même au nombre d’approbations que nous susciterons. Tout cela ne fait que passer. Et peut-être que nous devrions nous demander si nous avons passé trop d’énergie et d’attention à ce qui est plutôt secondaire. « Sufficit tibi gratia mea ». Avant tout, chercher et accepter la grâce de Dieu.

Nous devons repartir de cette prise de conscience de la présence du Christ parmi nous. C’est cette prise de conscience qui doit être à l’origine de nos choix et de nos projets. Tout le reste vient après.

Je vous demande à tous de m’aider dans ce service.

Aux laïcs, aux familles, aux religieux et aux religieuses qui rendent un service tout aussi important au sein de notre Eglise, aux prêtres et aux évêques, et en particulier aux jeunes, qui sont notre avenir, à tous je vous demande de me soutenir et de m’accompagner. Je vous demande de m’aider par votre prière, tout d’abord, mais aussi en nous guidant les uns les autres le long du chemin que prendra notre Eglise.

Je souhaite que les différentes âmes qui forment notre Eglise, une mais multiforme, collaborent toujours plus et toujours mieux. À cet égard, j’ai écrit il y a quelques jours aux prêtres du Patriarcat :

« L’Eglise de Jérusalem, est riche en initiatives, et même d’institutions prestigieuses (je pense aux instituts théologiques et bibliques, aux universités de Bethléem et de Madaba), de religieux et de religieuses, de mouvements, de nombreuses écoles qui rendent un service important et jouent un rôle pastoral décisif ; nous avons des relations uniques et spéciales avec d’autres Eglises chrétiennes, sans parler de la nécessité d’une coordination avec les Églises orientales catholiques ; la relation inter-religieuse avec les musulmans et les juifs est notre pain quotidien, même si elle n’est jamais facile ; l’arrivée des travailleurs étrangers et des réfugiés a apporté une nouvelle dynamique dans notre Eglise, à la fois en Jordanie et en Terre Sainte ; dans tous nos territoires, il devient difficile de prendre soin et de suivre les familles, qui de plus en plus s’éloignent de l’Eglise ; la présence de centaines de milliers de pèlerins venus du monde entier nous met en contact avec l’Eglise universelle qui à Jérusalem, comme au jour de la Pentecôte, continue à vivre ; nous ne pouvons pas ignorer que nous sommes dans le pays où la Parole de Dieu a été écrite et où elle s’est accomplie. »

Ainsi pour moi être Eglise signifie se sentir chacun membre d’un même corps, participant les uns des autres. Je souhaite que ce sentiment soit partagé par vous tous.

Je veux être évêque de tous et pour tous. Je compte sur votre pleine coopération à tous.

Je vous remercie de m’avoir accompagné par vos prières et votre participation. J’ai vécu des moments très beaux et très intenses qui m’ont réconforté et consolé. Vous avez été le réconfort de Dieu de ces derniers mois.

Puisse Dieu nous soutenir le long de ce chemin au bout duquel nous le rencontrerons, nous ouvrir les yeux sur la souffrance de cette terre et de ses habitants, et nous rendre capables de consoler et de réconforter.

Puisse descendre sur vous tous ma prière et ma bénédiction.

+ Pierbattista

Traduit de l’italien.

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