Oeuvres de l’ordre équestre du Saint-Sépulcre en France
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    Homélie de Noël 2015 de Sa Béatitude Fouad Twal

Homélie de Noël 2015 de Sa Béatitude Fouad Twal

BETHLEEM- Vous trouverez ci-dessous l’homélie de la messe de la nuit de Noël prononcée par le Patriarche latin de Jérusalem, S.B Fouad Twal en l’Eglise Sainte Catherine, à Bethléem.


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  • 31 décembre 2015

A Son Excellence Monsieur Mahmoud Abbas, Président de l’Etat de Palestine

Monsieur le Premier Ministre Rami al Hamdallah

MM les Ministres, les ambassadeurs, les consuls, les représentants diplomatiques

Chers consacrés et consacrées, chers pèlerins et fidèles,

Cette année encore, nous sommes venus à Bethléem pour ranimer avec joie la mémoire de la naissance du Verbe Incarné – celui que le Monde, en raison de sa grandeur et son pouvoir, ne put accueillir, qu’une Vierge avait porté dans ses entrailles et qu’elle mit au monde dans une petite grotte. Il est venu nous montrer le visage miséricordieux de Dieu, et nous a recommandé a plusieurs reprises : “Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux” (Luc 6:36). Dans un passé récent, des incidents fort regrettables ont eu lieu ont dans le monde entier. Nous pouvons dire avec tristesse que nous avons perdu notre humanité et nos valeurs spirituelles, la religion devenant un motif pour tuer au nom de Dieu, au lieu d’inviter à la fraternité. Ce dont nous souffrons en ces jours est l’absence de miséricorde– comme si l’avènement du Christ et le message de Noel furent vains.

Le Pape François a dédié l’an 2016 à la miséricorde divine sous tous ses aspects.

Le début de l’année de la Miséricorde a été marqué par une action symbolique : l’ouverture des Portes Saintes dans les cathédrales et les sanctuaires, sous le nom de “Porte de Miséricorde” ; quiconque y frappe avec un cœur contrit, et entre dans l’église, en passant par le sacrement de la réconciliation, ne fait que frapper à la Porte de la Miséricorde divine, pour puiser à sa source ce qu’il faut pour effacer ses péchés et ses conséquences, et entamer ainsi une vie nouvelle. C’est ce que nous avons fait en début de la célébration, en annonçant que la porte de la Basilique de la Nativité est l’une des portes de la Miséricorde, espérant que beaucoup de fidèles et de pèlerins y passeront au courant de l’année.

L’Evangile porte sur deux paraboles, qui illustrent le lien entre la miséricorde divine et la nôtre, à savoir “L’Enfant Prodigue” dont le père attend avec impatience son retour au foyer paternel (Luc 15 : 11-32), et “Le Bon Samaritain” (Luc 10 25-37). Le Samaritain ne se contenta pas d’avoir pitié de son frère blessé, mais œuvra pour l’aider et le faire guérir. Les deux parboles sont strictement liées. Sans éprouver la miséricorde de Dieu dans notre vie, il serait difficile de faire preuve de miséricorde envers les autres. Et le Maitre lui-même nous incite : “Soyez donc miséricordieux comme votre Père est miséricordieux” (Luc 6:36).

La miséricorde devrait englober les proches et les lointains, ceux que nous aimons et ceux que nous détestons. Il est facile de faire preuve de miséricorde envers ceux qui nous sont proches, par le sang, la religion ou la race. Mais il est difficile de l’étendre aux pauvres, aux marginalisés, aux réfugiés, aux prisonniers et aux victimes de la violence et du terrorisme. Nous songeons à ces millions de réfugiés éparpillés dans des camps et des baraques, en proie à un froid mordant. Nous songeons à ceux qui fuient les zones de conflit, traversant la mer dans des barques de fortune, faisant se transformer la mer en un gigantesque cimetière. Dans nos prières, nous songeons aux maisons démolies à Jérusalem et en Palestine, aux terrains expropriés, et aux hommes touchés par une punition collective. Nous songeons aux victimes du terrorisme, partout, de quelque peuple que ce soit. Ils sont tous nos frères en Humanité. Que leur cri devienne le nôtre ; abattons ensemble la barrière de l’indifférence. Nous saluons les Etats qui ont ouvert leurs portes aux exilés : la Jordanie, le Liban, la Turquie, et de nombreux pays européens. Nous incitons les pays hésitants à dépasser leur crainte face aux refugiés, de les héberger en attendant que la situation s’améliore, et qu’ils puissent rentrer dans leurs foyers. Oui, il existe encore une miséricorde, et aussi une bonté, dans ce monde. Tout n’est pas perdu.

Frères et sœurs,

La miséricorde ne se limite pas aux relations individuelles, mais devrait embrasser la vie publique dans tous ses secteurs : politique, économique, culturel, social…., à tous les niveaux : international, régional et local, et dans toutes les directions : entre Etats, peuples, ethnies, religions et confessions….. Quand la miséricorde devient une composante de l’action publique, elle sera alors capable de transférer le monde de la sphère des intérêts égoïstes à celle des valeurs humaines. Ceci coopère à la construction d’un monde meilleur. La miséricorde est un acte politique par excellence, à condition de définir la politique dans son sens le plus noble, c’est-à-dire la prise en charge de la famille humaine à partir des valeurs éthiques, dont la miséricorde est une composante principale, qui s’opposent à la violence, l’oppression, l’injustice, l’autoritarisme et l’esprit de domination. Dans un monde qui s’oriente de plus en plus vers la brutalité, se situe la vocation du fidèle à témoigner la miséricorde divine, en collaboration avec les hommes et les femmes de bonne volonté. Les semences de la miséricorde sont implantées dans toutes les religions. Elles nous lient notamment avec le judaïsme et l’Islam, lesquels les considèrent comme d’éminentes caractéristiques de Dieu. Avant d’être l’Omnipotent et le Créateur, Dieu est le Miséricordieux.

Il nous appartient de faire activer ces semences pour qu’elles poussent dans notre vie privée et publique. Ainsi, œuvrons pour un monde meilleur, où règneraient l’équité, la paix, la charité et le respect mutuel. Nous appelons tous les fidèles de faire croître dans leurs cœurs le sens de la Miséricorde, pour que celle-ci devienne une culture conjointe dans leur vie publique et familiale.

L’appel à la miséricorde est fait non seulement aux personnes honnêtes, mais aussi aux malfaiteurs pour qu’ils fassent preuve de repentance. C’est un appel à tous ceux qui détiennent le destin des peuples. Un appel aux décisionnaires de la politique de la mort, pour qu’ils reviennent à leur conscience, et fassent prévaloir la dignité de l’homme au lieu de leurs intérêts matériels. C’est un appel aux producteurs, promoteurs et commerçants d’armes meurtrières – à ceux qui se font une fortune au détriment des souffrances des autres ; voyez à quel point cette politique aveugle nous conduit.

L’appel à la miséricorde devrait atteindre tous ceux impliqués dans la corruption. Ce vice ignoble est un grand péché criant haut jusqu’au Ciel, car il menace les fondements même de la société. Le corrompu, à travers son avidité, opprime les faibles et écrase les plus démunis. Personne ne peut prétendre être immunisé contre cette tentation. Et afin de l’extirper de la vie individuelle et sociale, il faudrait beaucoup de vigilance et le retour à Dieu. Pour ces corrompus, nous élevons nos prières, espérant que leur conscience se réveille, et qu’ils entendent ce cri, avant qu’il ne soit trop tard.

Frères et sœurs,

La miséricorde n’est pas une marque de faiblesse, mais une expression de la toute-puissance divine qui s’exprime le mieux possible dans la miséricorde et le pardon. Il n’existe pas d’opposition entre la miséricorde de Dieu et sa justice, car il est juste, miséricordieux en pareille mesure. Quiconque refuse de recourir à sa miséricorde finira par tomber sous la poigne de sa ferme justice. Ce qui donne de l’espoir aux peuples et aux individus, victimes de l’injustice. Prévenant, Jésus Christ dit : “ De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous.” (Mt 7, 2), et “Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde”.

En cette soirée où nous célébrons la naissance de l’Apôtre de la Paix et de la Miséricorde, nous sommes venus prier pour toutes les intentions déjà citées. Nous sommes venus prier pour que le visage de la Terre se transforme, pour que le monde devienne un abri sûr, où règnent la paix au lieu de la rivalité, la miséricorde au lieu de la vengeance et la charité au lieu de la haine.

“Seigneur, souviens-toi de ta miséricorde et de ta bonté, car elles sont éternelles”. Amen

† Le Patriarche Fouad Twal



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