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    Chrétien arabe en Terre Sainte

Chrétien arabe en Terre Sainte

Réflexion personnelle du Père Imad Twal administrateur général du Patriarcat latin de Jérusalem.


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  • 20 septembre 2016

Le terme « chrétien arabe » pourrait être considéré par l’esprit occidental, comme un oxymore (Figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoires). Cette contradiction apparente est enracinée dans une compréhension ambiguë de ce que signifie être chrétien ou arabe.

Qu’est-ce donc, que signifie-il d’être chrétien arabe ou arabe ? Le terme arabe ne renvoie pas exclusivement aux musulmans, mais comprend également une population chrétienne significative. En outre, tous les Arabes ne sont pas des musulmans, ni tous les musulmans, des arabes.

Les arabes chrétiens s’insurgent contre l’esprit occidental et les médias dans leur tentative d’explication de la différence entre un musulman et un islamiste (On se place au niveau de l’idéologie) ou par le fait que les chrétiens arabes constituent l’église d’origine qui existe de manière continuelle depuis le 1er siècle. Cette église a survécu à travers l’histoire coexistant avec une diversité de communautés et confessions.

« L’Église de l’Incarnation : Notre terre est bénie, car elle est le berceau de l’inspiration divine et l’histoire du salut ... Elle est la Terre de la Divine Incarnation ... » « Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous » (Jn 1 : 14) ... La tradition chrétienne appelle l’Eglise de Jérusalem, « la Mère de toutes les Eglises ». (Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte, 2001)

Les disciples de Jésus en Terre Sainte appartiennent à un certain nombre de familles traditionnelles. Les églises orthodoxes sont la grecque, l’arménienne, la copte, l’assyrienne et l’éthiopienne. En outre, il y a six églises catholiques : la romaine "latine", la grecque "melkite", la maronite, l’arménienne, l’assyrienne et la chaldéenne. Il y a les protestants : anglicans et luthériens ainsi que d’autres confessions. Les 13 églises traditionnelles ont juridiction ecclésiastique dans les trois mêmes pays : Israël, Palestine (territoires occupés) et Jordanie. « Une église de la diversité : l’Eglise de Terre Sainte se caractérise par sa grande diversité ecclésiale. Elle est composée de différentes Églises, chacune ayant sa propre histoire, sa pensée, sa spiritualité, sa langue, son rite et sa tradition. » (Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte, 2001)

Le nombre total des chrétiens en Terre Sainte est d’environ 400 000, dont la moitié vit en Jordanie, et l’autre moitié vivant en Palestine et en Israël. Il y a 170.000 catholiques. Tous ces chrétiens sont des arabes, et ils appartiennent à la culture arabe et partage l’histoire arabe. (Nous faisons une distinction avec les chrétiens hébraïques, les communautés de langue ou les chrétiens étrangers qui travaillent et vivent en terre sainte). « Numériquement parlant, l’Eglise a été une minorité pendant dix-huit des vingt siècles de son histoire. Il y avait bien une majorité du 5ème au 7ème siècle, après quoi son statut majoritaire a commencé à décliner. Pour certains historiens, le nombre de chrétiens au début des Croisades atteignait 50 pour cent de la population. Au début du 20ème siècle, il était de 20 à 30 pour cent. Les statistiques d’aujourd’hui admettent que seuls 2.5 à 3
pour cent de la population est chrétienne. » (Évêque Maroun Lahham).

Tous ces chrétiens portent témoignage du Christ dans le pays où il vivait. L’Eglise mère de Jérusalem est un message et un témoin qui parle au coeur de la foi chrétienne. C’est un don et un rappel de son incarnation dans une réalité physique : Nazareth, Bethléem, Jérusalem.

Qu’est-ce que cela fait d’être catholique en Terre Sainte ?

Que voulons-nous dire quand nous parlons d’une identité catholique ? Le mot qui ressemble le plus au mot « identité » est le mot appartenance. L’identité de quelqu’un est son appartenance. L’identité catholique est d’abord l’appartenance à une abstraction, comme la spiritualité, à un idéal ou une doctrine, bien que cette appartenance puisse communiquer tout cela et bien plus encore. Il est, en son coeur, une appartenance à un peuple. Il est une appartenance à un corps, sociologiquement identifiable dans l’histoire, avec sa propre forme et son visage. Cela s’appelle l’Eglise.

L’Église est ce lieu humain où nous nous rencontrons, en relation humaine, Jésus-Christ, fils de Marie, le Fils de Dieu. L’Eglise est en fait son corps. Dans la vie de cette communauté nous construisons la communion et communiquons avec les autres. En premier lieu, ces gestes sont les sacrements, la proclamation de sa parole.

Ici, en terre sainte, notre identité catholique signifie que, tout d’abord, bien qu’il existe de nombreux défis, nous sommes un peuple, une communauté visible unie qui appartient à Jésus qui nous rend différents. "Vous serez mes témoins » (Ac 1, 8). Ce témoignage est notre vocation et notre mission en tant que disciples de « l’Eglise Mère ». La Terre Sainte a été appelé le cinquième évangile, et nous "les pierres vivantes", les chrétiens dans les saints lieux sont le sixième évangile. « Il est vrai que dans ce pays l’Eglise née non de bâtiments ou de pierres, mais de l’assemblée des fidèles chrétiens qui composent la sixième Evangile. » (Mansour, 2004).

Le deuxième point essentiel est que nous sommes arabes par identité et par nationalité.
Nous sommes pleinement intégrés dans la vie nationale du monde arabe, partageant la même langue maternelle, les luttes pour la paix et la justice. Notre objectif est de protéger notre langue précieuse, admirer notre tradition, conserver notre patrimoine et respecter nos coutumes. Cependant, même si nous sommes des Arabes, notre être arabe n’est pas la totalité de notre être. "Comme chrétien arabe en Terre Sainte, nous sommes appelés à témoigner de Jésus dans sa terre, dans notre société arabo-musulmane, ainsi que dans la société juive israélienne. Pour ce faire, nous devons dialoguer avec les musulmans et les juifs. » (Sabbah, 2006).

Nous comprenons qui nous sommes, qui sont les autres, et ce que le monde est dans une perspective qui va au-delà du fait d’être arabe. Notre appartenance à l’Eglise crée une sous-culture qui est elle-même un défi à la culture majoritaire de notre société. Par exemple, en tant que communauté ecclésiale, nous faisons souvent des oeuvres de bienfaisance qui bénéficient, parfois exclusivement, aux musulmans. Un autre exemple est celui de nos écoles catholiques. De nombreuses familles musulmanes désirent vivement que leurs enfants viennent dans nos écoles. Ces parents musulmans estiment que leurs enfants seront de meilleurs musulmans en venant parmi nous. Nos scouts rencontrent la même dynamique. Notre groupe de scoutisme catholique est connu pour accueillir tous les jeunes de différentes religions et églises. Ils trouvent là une maison et une appartenance qui les aide à être eux-mêmes.

Je pense souvent à la naissance de l’Eglise à la Pentecôte. Je vois notre identité en cours de création. Les apôtres et Marie, qui avait été élevés à connaître Dieu, créateur du ciel et de la terre et de la justice de Dieu et de la vérité, étaient unis. Ils avaient vécu avec Jésus et ne pouvaient qu’être d’accord avec lui quand il s’est identifié à Dieu. Leur expérience a confirmé ce qu’il a dit. Personne ne les regardait et leur parlait comme il l’a fait. Après qu’il les ait laissés, cette chose est arrivée, cette venue de l’Esprit Saint et ils ont commencé à avoir la même expérience d’être ensemble que lorsqu’ils étaient avec lui. Leur communion est devenue l’endroit où ils l’ont rencontré. Ils ont reconnu dans ce qui se passait entre eux, la même vie qu’ils avaient connu en lui. Ainsi, avec Marie, dirigée par Pierre, ils ont commencé à proposer aux autres exactement ce qu’il leur avait proposé, la vie avec lui, et par lui, par la puissance du Saint-Esprit, la communion avec le Père. Notre identité est formée par l’appartenance au peuple où cela se perpétue.

Imad Twal

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Biographie du P. Imad Jamal Twal :
- 24.01.1967 Né à Amman (originaire de Madaba)
- 20.08.1979 Entre au petit séminaire à Beit Jala, présenté par le P. Khaled Akasheh, vicaire à Madaba
- 1982 Quitte le Séminaire
- 10.09.1987 Entre au grand séminaire, envoyé par le curé de Madaba, le P. Maroun Lahham
- 29.06.1994 Ordination à Amman (Jordanie), par S.E. Mgr Fouad Twal, évêque de Tunis
- 30.06.1994 Première Messe à Madaba
- 1994 Vicaire à Madaba (Jordanie)
- 1994- Aumônier des scouts catholiques en Jordanie
- 1996 Curé de Smakieh (Jordanie)
- Juillet 1998 Curé de Zarqa-Nord (Jordanie)
- Août 2002 Curé de Shatana (Jordanie) et responsable des jeunes dans le Nord de la Jordanie
- Novembre 2002 Curé de Hoson (Jordanie) et de Shatana (Jordanie) et directeur d’école.
- 2006 Secrétaire assistant du mouvement des Scouts catholiques du Moyen-Orient
- Août 2008 Directeur général des Scouts de Jordanie et Directeur général des Ecoles patriarcales de Jordanie
- Septembre 2010 Etudiant PHD en Angleterre/Liverpool (Liverpool Hope University in Education)
- 2008-2010 Directeur général du LPS – Jordanie
- Juin 2012 Directeur Général du centre OLOPC pour les personnes handicapées.
- Juillet 2012 Nommé curé de Na’our (Paroisse du Sacré Coeur Jordanie) et Aumônier général du scoutisme catholique en Jordanie (2ème mandat)
- Juin 2013 Nommé au Centre Notre-Dame de la Paix et professeur à l’Université américaine de Madaba
- Août 2014 Nommé Administrateur général du diocèse à Jérusalem



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